Vos comptes affichent des ventes, des dettes et un bénéfice. Comment savoir si ces montants évoluent dans le bon sens ? Les ratios mettent certains chiffres en relation pour éclairer la liquidité, le financement et la rentabilité.
Le plus utile n’est pas d’en calculer beaucoup : c’est de comprendre ce que chaque résultat mesure, ce qui peut le déformer et quelle vérification effectuer ensuite.
En bref
- Choisissez les ratios qui correspondent à une décision, plutôt que d’accumuler les indicateurs.
- Distinguez liquidité immédiate, liquidité réduite et liquidité générale.
- Comparez plusieurs périodes avec des définitions identiques et tenez compte du secteur.
- Un ratio calculé à la clôture peut masquer les difficultés de trésorerie rencontrées pendant l’année.
Les formules et leur interprétation en PDF
Une fiche d’une page avec onze indicateurs, leur formule, leur lecture et le piège à éviter. À garder à côté de votre tableau de bord.
Les trois degrés de liquidité
Les liquidités sont l’argent disponible en banque et en caisse. Les créances clients sont les factures que vos clients doivent encore payer. Les actifs circulants regroupent notamment cet argent, ces créances et les stocks. Les dettes à court terme sont celles à régler dans les douze mois suivant la date du bilan ou dans le cycle normal des affaires.
Le ratio de liquidité de degré 1 compare les liquidités aux dettes à court terme. Le degré 2 ajoute les créances à court terme retenues dans l’analyse. Le degré 3 utilise l’ensemble de l’actif circulant.
| Indicateur | Formule simplifiée |
|---|---|
| Liquidité 1, immédiate | Liquidités ÷ dettes à court terme × 100 |
| Liquidité 2, réduite | (Liquidités + créances à court terme) ÷ dettes à court terme × 100 |
| Liquidité 3, générale | Actif circulant ÷ dettes à court terme × 100 |
Lire les trois ratios sur un même exemple
Prenons 20’000 CHF de liquidités, 40’000 CHF de créances, 30’000 CHF de stocks et 60’000 CHF de dettes à court terme, sans autre poste circulant. Les calculs donnent :
| Ratio | Numérateur de l’exemple | Dénominateur | Résultat |
|---|---|---|---|
| Liquidité 1 | Liquidités : 20’000 | Dettes à court terme : 60’000 | 33,3 % |
| Liquidité 2 | Liquidités + clients : 60’000 | 60’000 | 100 % |
| Liquidité 3 | Actifs circulants : 90’000 | 60’000 | 150 % |
Si le dénominateur est nul, le ratio n’est pas calculable par cette formule ; n’affichez pas un pourcentage arbitraire. Des fonds propres négatifs rendent certains autres ratios trompeurs et appellent une analyse des comptes et des obligations légales. Aucun seuil de liquidité universel ne garantit, à lui seul, la solvabilité.
Un ratio indique où regarder, pas ce qu’il faut décider seul
Un ratio de liquidité de 150 % paraît confortable : les actifs circulants représentent une fois et demie les dettes à court terme. Mais si une grande partie correspond à un stock qui se vend lentement, l’entreprise peut manquer d’argent pour payer les salaires vendredi.
C’est pourquoi la composition du numérateur compte autant que le pourcentage. Des créances anciennes n’offrent pas la même sécurité que des paiements attendus et confirmés. Au dénominateur, des dettes réparties sur douze mois ne créent pas la même pression que des montants exigibles la semaine prochaine.
Utilisez donc chaque ratio comme une question. Une dégradation de la liquidité invite à examiner le calendrier des paiements et les actifs mobilisables. Une baisse de rentabilité appelle une analyse des prix, du mix de ventes et des charges. Le ratio rend le signal visible ; les documents détaillés permettent d’en comprendre la cause.
Mesurer la structure de financement
La part des fonds propres se calcule par fonds propres ÷ total du bilan × 100. La part des fonds étrangers utilise les dettes et autres fonds étrangers au numérateur.
Une entreprise avec 80’000 CHF de fonds propres et un bilan de 200’000 CHF présente une part de fonds propres de 40 %. Les 60 % restants sont financés par des fonds étrangers.
La part de dettes s’interprète avec la stabilité de l’activité, les échéances, les garanties et la capacité de remboursement. Un même pourcentage peut correspondre à des risques très différents selon ces éléments. Pour une lecture d’ensemble, consultez notre méthode d’analyse du bilan.
Solvabilité, gearing et ratio de trésorerie : que signifient ces termes ?
La solvabilité désigne la capacité à faire face à ses engagements. L’expression « ratio de solvabilité » peut désigner plusieurs calculs : certaines sources utilisent le total de l’actif divisé par les dettes, d’autres un ratio fondé sur les fonds propres. Écrivez toujours la formule avant de comparer deux résultats.
Le gearing rapporte les dettes financières nettes aux fonds propres : (dettes financières − liquidités) ÷ fonds propres. Avec 100’000 CHF de dettes financières, 30’000 CHF de liquidités et 140’000 CHF de fonds propres, il atteint 50 %. Il n’est pas pertinent avec des fonds propres nuls et devient difficile à interpréter s’ils sont négatifs.
Le ratio de trésorerie désigne souvent la trésorerie immédiate, soit la liquidité de degré 1 : liquidités ÷ dettes à court terme. Il indique la couverture immédiate des dettes, sans supposer l’encaissement des clients ni la vente du stock. Selon les sources, le terme peut aussi désigner la liquidité de degré 2 : vérifiez donc la formule utilisée avant de comparer.
Les alertes légales à distinguer des ratios
Une liquidité faible appelle une analyse et des mesures ; elle ne suffit pas à constater juridiquement une faillite. Le droit suisse distingue la surveillance de la solvabilité, la perte de capital et le surendettement (art. 725 à 725b CO).
Il y a notamment perte de capital lorsque les actifs diminués des dettes ne couvrent plus la moitié de la somme du capital et des réserves légales visées par l’article 725a CO. Un soupçon sérieux de surendettement impose d’établir et de faire vérifier des comptes intermédiaires selon l’article 725b. Ces examens ne se remplacent pas par un seuil de ratio choisi dans un tableau. Notre guide sur la faillite et les difficultés financières explique les démarches.
Chiffre d’affaires et bénéfice : comprendre la différence
Avant de calculer une marge, il faut distinguer les ventes du résultat. Cette vidéo pose ces bases ; les formules et le cas chiffré du guide permettent ensuite d’interpréter vos ratios.
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Lire la rentabilité des ventes et des fonds propres
La marge nette rapporte le bénéfice net au chiffre d’affaires. Avec 30’000 CHF de bénéfice net pour 500’000 CHF de ventes, elle atteint 6 %.
La marge brute dépend du coût déduit : coût des marchandises vendues dans un commerce, ou autre définition précisée selon le modèle. Utilisez toujours la même convention. Notre article sur les marges distingue les principaux calculs.
La rentabilité des fonds propres, ou ROE (return on equity), rapporte le bénéfice net aux fonds propres, idéalement moyens sur la période. Avec 30’000 CHF de bénéfice et 150’000 CHF de fonds propres moyens, elle est de 20 %.
Un ROE élevé peut résulter de fonds propres très faibles et d’un endettement important. Avec des fonds propres nuls ou négatifs, son interprétation devient particulièrement limitée : ne le présentez pas comme une mesure ordinaire de performance.
Un ROE plus élevé n’est pas toujours une meilleure performance
Deux entreprises présentent chacune 200’000 CHF d’actifs moyens et 10’000 CHF de bénéfice net annuel, après leurs charges financières respectives. La première dispose de 100’000 CHF de fonds propres moyens ; la seconde de 20’000 CHF. Leur ROE est respectivement de 10 % et 50 %.
La seconde affiche le pourcentage le plus élevé, mais elle ne gagne pas davantage en francs. Sa structure repose sur beaucoup moins de fonds propres et davantage de dettes. Il faut donc examiner ensemble la rentabilité, le risque financier et les échéances de remboursement.
Autre piège : diviser une perte de 10’000 CHF par des fonds propres moyens négatifs de 20’000 CHF donne mathématiquement +50 %. Présenter ce résultat comme une rentabilité positive serait trompeur. Dans une telle situation, indiquez que le ROE n’est pas interprétable comme un indicateur ordinaire et analysez les pertes ainsi que la situation des fonds propres.
La formule peut être exacte et son commentaire faux. C’est pourquoi le signe, le niveau et la composition du dénominateur doivent toujours être contrôlés.
Suivre stocks et délais clients
La rotation des stocks se calcule couramment par coût des marchandises vendues ÷ stock moyen. Une rotation de six correspond à environ 61 jours sur une base de 365 jours.
Le délai moyen clients peut être estimé par créances clients moyennes ÷ ventes à crédit de la période × nombre de jours. Alignez les bases TVA : des créances TTC comparées à des ventes HT gonflent artificiellement le délai.
Le délai fournisseurs suit une logique comparable, avec les dettes fournisseurs et les achats à crédit concernés. Les moyennes et la saisonnalité comptent : un solde exceptionnel au 31 décembre peut donner une image trompeuse de l’année.
Les délais clients, stocks et fournisseurs en trois formules
| Délai | Formule |
|---|---|
| Clients — DSO | Créances clients moyennes ÷ ventes annuelles à crédit × 365 |
| Stock — DIO | Stock moyen au coût ÷ coût annuel des marchandises vendues × 365 |
| Fournisseurs — DPO | Dettes fournisseurs moyennes ÷ achats annuels à crédit correspondants × 365 |
Le cycle de conversion de trésorerie combine ces délais : DIO + DSO − DPO. Avec 61 jours de stock, 45 jours clients et 30 jours fournisseurs, il atteint 76 jours. Cela décrit le décalage entre l’achat, la vente et les paiements ; ce n’est pas le nombre de jours de trésorerie encore disponibles.
Retenez des périmètres comparables : les dettes d’achat de marchandises ne se divisent pas par tous les frais de l’entreprise. Les achats de la période ne sont pas nécessairement égaux au coût des marchandises vendues, car le stock peut varier.
Calculer un délai client et comprendre ce qu’il raconte
Prenons une entreprise fictive sans effet de TVA dans cet exemple, avec 360’000 CHF de ventes annuelles à crédit et 30’000 CHF de créances clients moyennes. Sur une base de 360 jours, le délai moyen estimé est de 30’000 ÷ 360’000 × 360 = 30 jours.
Si les créances moyennes passent à 45’000 CHF pour les mêmes ventes, le délai atteint 45 jours. Les quinze jours supplémentaires correspondent ici à 15’000 CHF de ressources immobilisées en plus. Cherchez ce qui a changé : conditions accordées, retards, litiges ou facturation tardive.
Dans une entreprise saisonnière, une moyenne fondée sur plusieurs fins de mois est souvent plus représentative que le seul solde de clôture. Il faut aussi utiliser des bases cohérentes : comparer des créances TVA comprise avec des ventes hors TVA déforme le calcul.
Pour votre tableau de bord, notez à côté du ratio sa formule exacte, la période, la valeur précédente et l’explication de l’écart. Cette discipline permet de comparer les mois sans changer involontairement de méthode. Mieux vaut quatre indicateurs compris et suivis que quinze pourcentages dont personne ne connaît la construction.
Comprendre le fonds de roulement et le BFR
Le fonds de roulement peut être calculé comme les capitaux permanents moins les actifs immobilisés. Le BFR mesure le besoin lié au cycle d’exploitation, notamment stocks et créances d’exploitation moins dettes d’exploitation.
Ce sont des montants, pas nécessairement des ratios. Ils complètent utilement les pourcentages : savoir que le BFR a augmenté de 40’000 CHF peut expliquer une tension de trésorerie malgré un bon résultat.
Un cas complet : 150 % de liquidité, mais un besoin de financement
Reprenons les 20’000 CHF de liquidités, 40’000 CHF de clients et 30’000 CHF de stocks. Ajoutons 110’000 CHF d’immobilisations : le bilan totalise 200’000 CHF. Il est financé par 80’000 CHF de fonds propres, 60’000 CHF de dettes à long terme et 60’000 CHF de dettes à court terme. Ces dernières se répartissent entre 30’000 CHF de fournisseurs et 30’000 CHF de crédit bancaire.
| Mesure | Calcul | Lecture |
|---|---|---|
| Liquidité générale | 90’000 ÷ 60’000 = 150 % | Les actifs circulants dépassent les dettes à court terme. |
| Part des fonds propres | 80’000 ÷ 200’000 = 40 % | 40 % des actifs sont financés par les fonds propres. |
| Fonds de roulement | 80’000 + 60’000 − 110’000 = 30’000 CHF | Le financement durable laisse 30’000 CHF pour le cycle d’exploitation. |
| BFR simplifié | 30’000 de stocks + 40’000 de clients − 30’000 de fournisseurs = 40’000 CHF | Le cycle d’exploitation immobilise 40’000 CHF. |
| Trésorerie nette | 30’000 − 40’000 = −10’000 CHF | Cela correspond à 20’000 CHF en banque moins 30’000 CHF de crédit bancaire. |
Ces résultats sont cohérents : l’entreprise possède du stock et des créances, mais utilise aussi un financement bancaire à court terme. Pour décider quoi faire, regardez les dates d’encaissement, la vitesse de vente du stock et l’échéance du crédit. Un ratio de 150 % ne répond pas à ces trois questions.
Construire un tableau de bord utile
Retenez quelques mesures cohérentes : marge, liquidité, fonds propres et délais clients, puis ajoutez les indicateurs spécifiques à votre activité. Pour chaque mesure, définissez la source, la fréquence et l’action attendue en cas de dégradation.
Comparez d’abord votre entreprise à elle-même, puis à des références sectorielles réellement comparables. Un commerce alimentaire, un cabinet de conseil et une entreprise industrielle ne peuvent pas être jugés avec les mêmes délais de stock ou niveaux d’actifs.
Complétez toujours les ratios historiques par une prévision de trésorerie. Un ratio décrit une situation ; il ne garantit pas le paiement des échéances futures.
Choisir les indicateurs qui éclairent vos décisions
Commencez par les questions prioritaires de l’entreprise : payer les échéances, préserver la marge, limiter les stocks ou financer la croissance. Sélectionnez ensuite les ratios correspondants et reliez chacun à une vérification concrète.
Notre équipe comptable peut vous aider à partir de données cohérentes et à lire ces indicateurs dans le contexte de votre activité.
Questions fréquentes
Un ratio de liquidité générale supérieur à 100 % suffit-il ?
Non. Il faut vérifier quand les actifs deviendront de l’argent et quand les dettes devront être réglées.
Faut-il utiliser 360 ou 365 jours ?
Les deux conventions existent. Annoncez celle utilisée et gardez la même base pour comparer les périodes.
Combien de ratios suivre ?
Quelques indicateurs bien définis suffisent souvent. Ajoutez-en seulement lorsqu’ils répondent à une question de gestion précise.
Quelle différence entre fonds de roulement et besoin en fonds de roulement ?
Le fonds de roulement mesure le financement durable restant après les immobilisations. Le BFR mesure l’argent immobilisé dans le cycle d’exploitation, notamment les stocks et clients moins les dettes d’exploitation. Avec des périmètres cohérents, fonds de roulement moins BFR donne la trésorerie nette.
Où trouver les chiffres nécessaires aux ratios ?
Utilisez le bilan pour les actifs, dettes et fonds propres, le compte de résultat pour les ventes et le bénéfice, puis les listes de clients, fournisseurs et stocks pour les délais. Les moyennes de plusieurs fins de mois améliorent souvent l’analyse lorsque l’activité est saisonnière.
