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Vous avez peut-être déjà repéré un local, discuté d’une installation avec un confrère ou envisagé de reprendre le cabinet d’un médecin qui part à la retraite. L’envie est là : recevoir vos patients dans votre propre cabinet, choisir votre organisation et exercer à votre manière. Reste à savoir par où commencer.

Entre le choix des locaux, les autorisations nécessaires à l’exercice médical et les premières dépenses, les questions arrivent vite. Pour y répondre, le plus utile est de partir du cabinet que vous souhaitez faire vivre, puis de regarder ce qu’il faut pour l’ouvrir. Voici les décisions à prendre, avec un exemple de budget et les particularités à connaître en Suisse romande.

En bref

  • Commencez par votre projet : activité, lieu d’installation, rythme de travail et exercice seul ou à plusieurs.
  • Distinguez deux autorisations : le droit de pratiquer et l’admission à facturer à l’assurance obligatoire des soins.
  • Gardez de la trésorerie : le matériel et les travaux ne sont qu’une partie des besoins de départ.
  • En cas de reprise : examinez les comptes, le bail et les équipements, sans supposer que les patients ou les autorisations suivent automatiquement.

Quel cabinet souhaitez-vous ouvrir ?

Un cabinet de médecine de famille, une consultation de psychiatrie et un cabinet équipé pour réaliser des examens n’ont pas les mêmes besoins. Avant de comparer les loyers ou les statuts juridiques, posez les grandes lignes de votre activité : quelles consultations proposerez-vous, combien de jours par semaine souhaitez-vous travailler et de quelle équipe aurez-vous besoin ? Ces choix déterminent la surface, les équipements et les charges que le cabinet devra supporter.

S’installer seul ou à plusieurs

Exercer seul vous laisse la main sur les horaires, les investissements et l’organisation des consultations. Il faut aussi prévoir les remplacements, la gestion du secrétariat et les périodes où vous serez absent. À plusieurs, vous pouvez partager certains frais et faciliter la continuité des soins, à condition de vous entendre sur le fonctionnement quotidien.

Partager une réception et une salle d’attente ne signifie pas forcément exploiter une entreprise commune. Deux médecins peuvent mettre des moyens en commun tout en conservant chacun leur activité. Une structure qui engage les médecins et facture elle-même les prestations répond à une autre logique. Avant de vous associer, mettez par écrit la répartition des frais, les décisions d’investissement et les conditions de départ d’un associé. C’est plus facile lorsque tout le monde s’entend encore.

Quelle structure juridique choisir ?

La raison individuelle peut convenir à un médecin qui souhaite devenir indépendant et exercer en son nom. Elle ne demande pas de capital minimum, mais les dettes de l’activité engagent aussi son patrimoine personnel. Une Sàrl ou une société anonyme (SA) permet d’organiser l’activité au sein d’une société, notamment lorsque plusieurs personnes participent au projet. Cela ne fait pas disparaître votre responsabilité professionnelle de médecin.

Le choix de la forme juridique dépend donc de votre organisation, de vos associés et de vos risques financiers. Il doit aussi être compatible avec les règles cantonales applicables au cabinet : constituer une société ne suffit pas à obtenir le droit d’y exercer.

Les autorisations : deux démarches à bien distinguer

Vous avez votre diplôme fédéral, votre titre postgrade et plusieurs années de pratique en Suisse ? Vous partez déjà avec une bonne partie des éléments nécessaires. L’installation demande toutefois de vérifier votre situation auprès du canton où se trouvera le cabinet. Être autorisé à exercer la médecine et pouvoir facturer à l’assurance de base sont deux choses distinctes.

Le droit de pratiquer

L’autorisation cantonale concerne l’exercice sous votre propre responsabilité professionnelle. Elle est nécessaire que vous travailliez comme indépendant ou comme salarié d’une société. Pour un médecin formé en Suisse, le diplôme fédéral et le titre postgrade constituent le point de départ ; vérifiez également vos informations dans le registre des professions médicales (MedReg). L’inscription au registre ne remplace pas l’autorisation cantonale.

Le dossier porte aussi sur les connaissances linguistiques, les garanties d’un exercice irréprochable et la responsabilité civile professionnelle. Le service cantonal vous indiquera les justificatifs à fournir pour votre situation. Si vous exercez déjà dans un autre canton, faites confirmer les démarches nécessaires avant de fixer votre date d’ouverture.

La facturation à l’assurance de base

Pour que les prestations couvertes puissent être facturées à l’assurance obligatoire des soins, appelée AOS, une admission cantonale à facturer à l’AOS est également nécessaire. Elle est soumise à ses propres conditions et aux éventuelles limitations du nombre de médecins dans la spécialité et la région concernées.

La règle des trois ans mérite notamment votre attention : elle vise une activité dans la discipline demandée, au sein d’un établissement suisse reconnu de formation postgraduée. Avoir travaillé trois ans comme médecin, sans autre précision, ne suffit donc pas à démontrer que cette condition est remplie. Les exigences d’admission portent aussi sur la langue, la qualité et l’affiliation à une communauté certifiée pour le dossier électronique du patient.

Jusqu’au 31 décembre 2027, les cantons peuvent prévoir certaines exceptions à l’exigence des trois ans en cas de pénurie, dans quatre domaines de médecine de premier recours. Ce n’est pas une dispense générale : demandez au canton si votre projet entre dans les cas admis.

Une fois le cadre d’admission clarifié, les démarches de facturation, dont le numéro RCC auprès de SASIS, dépendent de votre organisation. Le fournisseur qui facture peut être le médecin ou l’institution ; un médecin salarié peut relever d’une attestation distincte. Le numéro RCC ne remplace pas la décision cantonale.

À qui s’adresser en Suisse romande ?

Le bon interlocuteur est le service de la santé du canton d’implantation. Présentez-lui votre spécialité, le lieu prévu et l’organisation du cabinet, surtout si vous souhaitez employer d’autres médecins.

Implantation Point de départ pour le dossier
Genève Autorisation de pratiquer et admission AOS
Vaud Portail des autorisations de pratiquer
Fribourg Démarches pour les médecins
Neuchâtel Conditions pour les médecins
Valais Autorisation de pratique et admission AOS
Jura et partie francophone de Berne Service cantonal de la santé compétent : vérifier l’autorisation et l’admission pour le lieu prévu

Selon le canton et le fonctionnement retenu, une autorisation d’exploiter l’établissement peut s’ajouter aux autorisations personnelles. Le canton de Vaud prévoit par exemple une démarche pour les établissements médicaux de soins ambulatoires. Faites examiner votre montage avant de vous engager sur les locaux.

Si votre diplôme a été obtenu à l’étranger

Une étape supplémentaire est à anticiper auprès de la MEBEKO pour le diplôme et, selon le cas, le titre postgrade. La voie applicable dépend de vos qualifications et de votre situation. Attention à la différence entre reconnaissance et simple enregistrement : la présence d’un diplôme étranger dans le MedReg ne donne pas, à elle seule, le droit d’exercer sous sa propre responsabilité. Les autorisations cantonales restent nécessaires, ainsi que les démarches de séjour et de travail lorsqu’elles s’appliquent.

Quel budget prévoir pour votre cabinet ?

Le coût d’une installation dépend d’abord de ce que vous devez créer. Un local déjà utilisé par un médecin peut demander peu de transformations ; une surface commerciale vide peut nécessiter des travaux importants. Les besoins en matériel varient tout autant selon la spécialité. Un montant global trouvé en ligne ne remplace donc pas les devis de votre propre projet.

Pour construire votre budget, séparez les dépenses qui permettent d’ouvrir du montant qui vous permettra de tenir les premiers mois. Le loyer, les salaires et les abonnements commencent à courir alors que l’agenda se remplit progressivement et que toutes les factures ne sont pas encore encaissées.

Un exemple pour comprendre le besoin de financement

Le tableau ci-dessous présente un scénario fictif de 150’000 CHF. Il ne s’agit ni d’un coût moyen du marché ni d’un devis. Son intérêt est de montrer la place de la réserve de trésorerie, souvent moins visible que le prix des équipements.

Besoin de lancement hypothétique CHF
Travaux et adaptation des locaux 40’000
Équipements médicaux et mobilier 35’000
Informatique et logiciel 10’000
Frais de lancement 5’000
Réserve d’exploitation 60’000
Total à financer 150’000

Dans cet exemple, 90’000 CHF servent à préparer l’ouverture et 60’000 CHF restent disponibles pour l’exploitation. Avec une hypothèse de 15’000 CHF de sorties mensuelles, cette réserve représenterait quatre mois de dépenses avant tout encaissement. Votre budget de trésorerie doit affiner ce calcul mois par mois, en tenant compte des recettes attendues et de leurs délais de paiement.

Pensez aussi à votre propre revenu. Si vous quittez un poste salarié, le cabinet devra progressivement vous permettre de vivre, en plus de payer ses charges. Et si vous engagez une assistante médicale, retenez le coût complet du poste, avec les charges sociales, plutôt que le seul salaire brut.

Comment financer le démarrage ?

Les fonds propres et un prêt bancaire peuvent financer une partie du projet. Pour discuter avec une banque, des devis et une prévision de trésorerie seront plus utiles qu’une estimation fondée uniquement sur un nombre théorique de consultations. Prévoyez aussi un démarrage plus lent que prévu : il permet de voir si vous disposez d’une marge suffisante.

Si vous créez une Sàrl, ses 20’000 CHF de capital minimum ne sont pas une dépense à ajouter une deuxième fois aux investissements. Une fois libérés, ces fonds peuvent servir à l’activité de la société, dans le respect de ses obligations. Le retrait du deuxième pilier répond, lui, à des conditions spécifiques liées notamment au statut d’indépendant. Devenir salarié de sa propre Sàrl ou SA ne donne pas ce droit ; un retrait réduit aussi votre prévoyance.

Des recettes réalistes et des coûts complets

Depuis le 1er janvier 2026, TARDOC et les forfaits ambulatoires ont remplacé TARMED dans le champ de l’assurance-maladie concerné. Pour estimer les recettes, appuyez-vous sur les prestations que vous réaliserez et sur les règles tarifaires applicables, avec votre spécialiste de la facturation.

La TVA mérite également un examen adapté à votre activité. L’exclusion de certaines prestations de soins ne signifie pas que toutes les recettes d’un cabinet sont exclues. Elle peut aussi limiter la récupération de la TVA payée sur les achats correspondants. Faites clarifier votre situation en matière de TVA avant de comparer des devis hors taxe.

Préparer le cabinet pour les premières consultations

Des locaux adaptés à votre façon de travailler

Lors des visites, imaginez le parcours d’un patient depuis son arrivée jusqu’à son départ. L’accès est-il adapté aux personnes que vous recevrez ? Peut-on préserver la confidentialité à la réception ? La disposition permet-elle de passer d’une consultation à l’autre sans perdre du temps ? Ces questions vous aideront à juger un local au-delà de son adresse et de son loyer.

Avant de signer, faites confirmer que l’activité prévue et les travaux sont possibles, avec l’accord du bailleur et les autorisations nécessaires. La radiologie, un laboratoire ou la remise de médicaments peuvent entraîner des exigences supplémentaires. Mieux vaut les chiffrer dès le départ que découvrir après les travaux qu’un aménagement manque.

Une organisation qui vous laisse du temps pour les soins

La prise de rendez-vous, les appels, les résultats à transmettre et les factures font partie de la vie du cabinet. Décidez qui s’en occupera et à quels moments. Un logiciel ne compensera pas une répartition des tâches mal définie ; à l’inverse, une équipe bien organisée a besoin d’outils qui lui simplifient le travail.

Lors d’une démonstration de logiciel, demandez à suivre un cas de bout en bout : création du dossier, consultation, facturation et suivi du paiement. Vérifiez également les droits d’accès, les sauvegardes et les possibilités de récupérer les données si vous changez de prestataire. Les données de santé demandent des précautions spécifiques, y compris lorsque l’informatique est confiée à un tiers.

La comptabilité gagne aussi à être organisée avant les premières factures. Choisissez qui tiendra les comptes et comment les pièces seront transmises. Vous pourrez alors suivre régulièrement ce que le cabinet encaisse, ce qu’il doit payer et ce qu’il peut investir.

Prévoir ce qui se passe en cas d’absence

La responsabilité civile professionnelle doit correspondre aux actes que vous pratiquez. Au-delà de cette couverture, demandez-vous comment le cabinet ferait face à une incapacité de travail : certains frais continueraient même sans consultations. L’examen des assurances professionnelles permet de relier les garanties aux risques réels de votre activité.

Faire connaître le cabinet

Un site clair, des horaires à jour et une prise de rendez-vous facile rendent déjà service aux patients. Présentez votre formation et les prestations proposées avec exactitude, dans le respect des règles professionnelles et cantonales de publicité. Les promesses de résultats n’ont pas leur place dans cette communication.

Si vous exercez en médecine esthétique, un annuaire spécialisé comme clinique-esthetique.ch peut aussi servir à présenter le cabinet. Cette présence en ligne ne remplace pas les liens avec les confrères, les pharmacies et les autres professionnels de la région, qui comptent dans l’orientation des patients et la continuité des soins.

Reprendre un cabinet : ce que vous achetez réellement

Une reprise peut vous donner accès à des locaux aménagés, à une équipe et à une activité déjà connue dans la région. C’est un avantage concret, mais le prix demandé doit pouvoir s’expliquer. Regardez séparément la valeur des équipements, les travaux à venir et les résultats du cabinet sur plusieurs exercices. Un bon chiffre d’affaires ne dit pas, à lui seul, ce qu’il restera après les charges.

Le bail et les contrats du personnel méritent la même attention que les comptes. Vérifiez ce qui sera transféré, à quelles conditions et avec quels engagements. Les autorisations du cédant ne suivent pas automatiquement : votre propre situation et celle de la structure doivent être examinées.

La patientèle ne se transmet pas comme un stock de marchandises. Chaque patient reste libre de choisir son médecin, et la transmission des dossiers doit respecter le secret professionnel et la protection des données. Organisez ce passage avec le cédant en tenant compte des règles de communication des données des patients. Ce travail fait partie de la reprise, au même titre que la négociation du prix.

Pour comparer cette option avec une installation neuve, notre article sur le choix entre créer ou reprendre une entreprise aide à examiner les avantages et les contraintes de chaque solution.

Par où commencer votre projet ?

Pour avancer, décrivez d’abord le cabinet que vous souhaitez ouvrir : votre activité, le lieu envisagé, l’équipe et la date souhaitée. Ce premier document, même court, vous servira à discuter avec le canton, à demander des devis comparables et à construire votre budget.

Lorsque les conditions d’exercice et de facturation sont clarifiées et que le financement tient, les choix deviennent plus simples. Vous savez quels locaux chercher, quels équipements acheter et quels engagements vous pouvez prendre. Le projet commence alors à ressembler au cabinet dans lequel vous vous voyez exercer.

Questions fréquentes

Quel budget prévoir pour ouvrir un cabinet médical ?

Le budget dépend de la spécialité, des locaux, du matériel et de l’équipe. Il doit couvrir les dépenses d’installation et une réserve pour les premiers mois. L’exemple de 150’000 CHF présenté dans cet article est un scénario fictif, pas un coût moyen du marché.

Faut-il créer une Sàrl pour ouvrir un cabinet ?

Non. L’exercice en raison individuelle est possible. Une Sàrl ou une SA peut être adaptée à une autre organisation, notamment avec des associés. Le choix dépend du projet et de ses risques ; il ne remplace pas les autorisations professionnelles et cantonales nécessaires.

Peut-on ouvrir un cabinet sans avoir travaillé trois ans en Suisse ?

Il faut distinguer le droit de pratiquer de l’admission à facturer à l’AOS. Cette admission exige en principe trois ans dans la discipline demandée au sein d’un établissement suisse reconnu de formation postgraduée. Des exceptions cantonales ciblées restent possibles jusqu’au 31 décembre 2027. Le canton doit examiner votre situation.

Comment ouvrir un cabinet avec un diplôme étranger ?

Il faut clarifier auprès de la MEBEKO la voie applicable au diplôme et au titre postgrade, puis vérifier les conditions cantonales d’exercice et de facturation. Une simple inscription au MedReg ne suffit pas. Des démarches de séjour et de travail peuvent également être nécessaires selon votre situation.

Une question sur votre projet ?

Faites le point sur votre situation et les prochaines démarches avec Entreprendre.ch.

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À propos de l’auteur

Romain Prieur

Romain Prieur
Expert-comptable diplômé, membre EXPERTsuisse

Romain Prieur est expert-comptable diplômé et fondateur d’Entreprendre.ch. Après plus de dix ans d’expérience dans l’audit et l’accompagnement d’entreprises en Suisse, il conseille des entrepreneurs sur la création, la comptabilité et la fiscalité de leur société.

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Romain Prieur

Romain Prieur est expert-comptable diplômé fédéral et fondateur d'Entreprendre.ch et de la Fiduciaire Karpeo, à Genève. Après 8 ans chez PwC Suisse, il a accompagné plus de 3'000 entrepreneurs dans la création de leur société en Suisse romande. Il est également chargé de cours à l'École CREA et chez EXPERTsuisse, et anime la chaîne YouTube « Entreprendre en Suisse avec Romain ».