Skip to main content

Créer une Sàrl tout en conservant un emploi salarié est une manière fréquente de tester un projet entrepreneurial en limitant les risques. Une question se pose néanmoins rapidement : le fait de devenir associé-gérant peut-il empêcher de toucher le chômage si l’emploi principal disparaît ?

La réponse dépend avant tout de l’entreprise dans laquelle l’emploi a été perdu. Une personne qui perd un poste auprès d’un employeur indépendant de sa Sàrl n’est pas dans la même situation qu’un associé-gérant qui cesse de se verser un salaire dans sa propre société.

En résumé : les cinq points à retenir

1

La création d’une Sàrl ne supprime pas automatiquement vos droits. Si vous perdez un emploi salarié auprès d’une autre entreprise, une indemnisation peut rester possible.

2

Votre disponibilité reste déterminante. La caisse et l’ORP examineront le temps consacré à la Sàrl et votre capacité réelle à accepter un nouvel emploi.

3

La perte d’un salaire versé par votre propre Sàrl est différente. Tant que vous conservez une influence déterminante sur la société, le droit au chômage est en principe refusé pour cette perte.

4

Un salaire soumis à l’assurance-chômage ne garantit pas une indemnisation. Les cotisations sont prélevées, mais la position d’associé-gérant reste examinée.

5

Les cotisations ne sont pas conservées indéfiniment. La caisse examine normalement les périodes cotisées durant les deux années précédant l’inscription.

Réponse courte

Vous pouvez potentiellement toucher le chômage tout en restant associé-gérant d’une Sàrl si vous avez perdu un emploi salarié auprès d’une entreprise tierce. Vous devrez toutefois déclarer votre activité et démontrer que vous restez disponible pour reprendre un emploi.

Peut-on toucher le chômage en étant associé-gérant d’une Sàrl ?

Oui, dans certaines situations. Le statut d’associé-gérant ne provoque pas à lui seul la perte de tous les droits acquis grâce à un emploi salarié exercé auprès d’un tiers.

La Directive LACI IC du SECO précise qu’une personne qui perd un emploi dans lequel elle ne disposait d’aucun pouvoir comparable à celui d’un employeur n’est pas automatiquement exclue parce qu’elle occupe une telle position dans une autre entreprise.

La caisse doit en revanche vérifier son aptitude au placement. Concrètement, elle cherchera à déterminer si la personne est réellement prête et disponible pour accepter un emploi convenable, ou si son objectif principal est désormais de développer sa propre société.

Les deux situations qu’il faut absolument distinguer

1. Vous perdez un emploi salarié auprès d’une autre entreprise

Imaginons que vous travailliez à 100 % pour une banque, une PME ou une administration. En parallèle, vous créez une Sàrl que vous gérez le soir ou durant le week-end. Si votre employeur vous licencie, le maintien de cette Sàrl ne vous prive pas nécessairement des indemnités.

Selon la pratique du SECO, l’emploi salarié perdu auprès de l’entreprise tierce doit notamment avoir été soumis à cotisation et avoir duré au moins six mois. Il faut aussi justifier de la période minimale générale de douze mois de cotisations durant le délai-cadre applicable.

La caisse examinera ensuite l’importance de votre Sàrl : heures de travail, mandats, investissements, locaux, salariés, revenus et capacité à abandonner ou à réduire rapidement cette activité pour reprendre un poste.

2. Vous cessez de travailler pour votre propre Sàrl

La situation est beaucoup plus restrictive lorsque le salaire perdu était versé par la Sàrl elle-même. Les associés d’une Sàrl disposent, de par la loi, d’une influence importante sur les décisions de la société. Ils peuvent notamment influer sur leur engagement, leur rémunération et une éventuelle réembauche.

Pour cette raison, un associé-gérant qui arrête de se verser un salaire, réduit son temps de travail ou se licencie tout en conservant le contrôle de la société n’a en principe pas droit au chômage pour cette perte.

Cette règle vise le risque d’abus et non uniquement les abus effectivement démontrés. Elle peut donc s’appliquer même si la société ne réalise plus de chiffre d’affaires et même si la personne a cotisé à l’assurance-chômage pendant plusieurs années.

Situation Conséquence probable
Perte d’un emploi salarié auprès d’un tiers Droit possible si les conditions de cotisation et d’aptitude au placement sont remplies.
Arrêt du salaire dans sa propre Sàrl Droit généralement refusé tant que l’influence déterminante subsiste.
Activité accessoire développée après le licenciement Examen renforcé de la disponibilité et prise en compte possible du revenu supplémentaire.
Cession des parts et fin de la gérance ou de la signature Le motif d’exclusion peut disparaître, mais toutes les autres conditions restent applicables.

Faut-il quitter la gérance ou céder ses parts pour retrouver ses droits ?

Si vous demandez le chômage après la perte d’un emploi auprès d’une autre entreprise, vous ne devez pas automatiquement quitter la gérance ou vendre vos parts. Votre activité dans la Sàrl doit cependant être déclarée et rester compatible avec votre disponibilité.

Si la perte concerne l’emploi exercé dans votre propre Sàrl, une simple résiliation du contrat de travail ne suffit généralement pas. Quitter uniquement la gérance tout en restant associé peut également être insuffisant, car l’associé conserve des droits de décision au sein de l’assemblée des associés.

Pour démontrer une rupture définitive, il faut en pratique pouvoir établir des éléments clairs : cession effective des parts, fin de la fonction de gérant, radiation du droit de signature et adaptation du Registre du commerce. Une fermeture, une vente ou une faillite peuvent également mettre fin à la position déterminante selon les circonstances. Aucun acte isolé ne garantit toutefois le droit aux indemnités : la caisse vérifie si l’influence a réellement et définitivement cessé.

Attention : la mise en liquidation ou l’arrêt temporaire de l’activité ne suffisent pas toujours. Une personne qui reste liquidatrice ou qui peut réactiver la société peut encore être considérée comme occupant une position assimilable à celle d’un employeur.

Comment les revenus de la Sàrl sont-ils pris en compte ?

Le chiffre d’affaires et le bénéfice de la société

La Sàrl est une personne morale distincte. Son chiffre d’affaires et son bénéfice ne constituent donc pas automatiquement un revenu personnel de l’associé. Ils renseignent néanmoins la caisse sur l’importance et l’évolution de l’activité.

Le salaire et les autres rémunérations

Le salaire versé par la Sàrl doit être annoncé. Lorsqu’il est réalisé pendant une période de chômage, il peut constituer un gain intermédiaire et réduire les indemnités compensatoires. La caisse peut également vérifier si la rémunération correspond au travail réellement fourni et aux usages professionnels. Le gain intermédiaire doit être rémunéré conformément aux usages de la profession et de la localité. Lorsqu’il provient d’une activité indépendante, il ne crée normalement pas de nouvelles périodes de cotisation.

Les dividendes

Un dividende rémunère la participation au capital et ne doit pas être confondu avec un salaire. Il ne fait toutefois pas disparaître le pouvoir de décision de l’associé. Par ailleurs, une rémunération artificiellement transformée en dividende peut être réexaminée par les assurances sociales. Notre article sur le choix entre salaire et dividende explique cette distinction.

Le travail effectué sans salaire

L’absence de rémunération ne signifie pas que l’activité est inexistante. Les heures consacrées à la prospection, à l’administration ou aux clients peuvent réduire la perte de travail reconnue et remettre en cause l’aptitude au placement. Dans certaines situations, la caisse peut aussi examiner une rémunération conforme aux usages pour le travail fourni.

Les années de cotisations restent-elles valables ?

La création d’une Sàrl n’efface pas les cotisations déjà versées. Mais ces cotisations ne sont pas conservées sans limite dans le temps.

Lors de l’ouverture d’un droit, la caisse examine en principe les deux années qui précèdent le premier jour pour lequel les conditions sont remplies. Il faut normalement avoir exercé une activité salariée soumise à cotisation pendant au moins douze mois au cours de cette période. Les règles générales sont résumées dans la FAQ officielle de travail.swiss.

À retenir : une longue carrière salariée ne constitue pas une réserve illimitée. Seules les périodes situées dans le délai-cadre de cotisation sont normalement comptées, sous réserve des prolongations prévues par la loi.

Une personne qui a travaillé et cotisé sans interruption pendant plus de deux ans jusqu’à son licenciement devrait donc remplir la condition minimale de cotisation. Cela ne suffit toutefois pas si elle n’est pas apte au placement ou si la perte invoquée provient de sa propre Sàrl alors qu’elle en conserve le contrôle.

Se verser un salaire par sa Sàrl change-t-il la situation ?

Se verser un salaire permet d’être traité comme salarié sur le plan des assurances sociales. La Sàrl prélève notamment les cotisations AVS, AI, APG et AC. Vous trouverez un aperçu plus large dans notre guide sur les assurances sociales en Suisse.

Ce paiement de cotisations ne transforme toutefois pas l’associé-gérant en salarié indépendant des décisions de l’employeur. S’il contrôle sa Sàrl, il peut décider de sa rémunération, de son taux d’activité ou de sa réembauche. C’est précisément cette influence qui limite le droit au chômage lorsque l’emploi perdu se trouve dans la société.

Si le salaire de la Sàrl existait déjà parallèlement à un emploi principal à plein temps, il peut être considéré comme un gain accessoire. Un gain accessoire inchangé ne devient pas automatiquement un gain intermédiaire durant le chômage. En revanche, si l’activité ou sa rémunération augmente, la partie supplémentaire peut être prise en compte. Toute augmentation du temps de travail ou de la rémunération après l’inscription doit être annoncée sans délai.

À retenir : se verser un salaire peut renforcer la couverture sociale et la prévoyance, mais ce n’est pas une méthode permettant de garantir un futur droit au chômage dans sa propre société.

Trois exemples concrets

Exemple 1 : la Sàrl est une activité parallèle

Marc travaille à 100 % auprès d’une entreprise informatique. Il crée une Sàrl et y consacre cinq heures par semaine. Son employeur le licencie. Il peut demander le chômage sans céder automatiquement ses parts, mais il doit annoncer la Sàrl et démontrer qu’il reste disponible pour un nouvel emploi à plein temps.

Exemple 2 : l’activité augmente après le licenciement

Après son licenciement, Marc consacre désormais trois jours par semaine à sa Sàrl et cherche uniquement un emploi à 40 %. La perte de travail indemnisable peut être réduite. Si l’activité empêche d’accepter un poste convenable, son aptitude au placement peut être remise en cause.

Exemple 3 : le salaire provient de la propre Sàrl

Sophie est associée-gérante unique et salariée de sa Sàrl. En raison d’un manque de commandes, elle arrête de se verser son salaire tout en conservant ses parts et sa signature. Malgré les cotisations versées, elle ne peut en principe pas obtenir le chômage pour cette perte tant qu’elle garde sa position déterminante.

Checklist avant de créer une Sàrl en restant salarié

Vérifier votre contrat de travail, notamment les règles sur les activités accessoires et la concurrence.
Définir et documenter le temps consacré chaque semaine à la Sàrl.
Conserver les contrats, fiches de salaire et preuves de paiement des rémunérations.
Ne pas démissionner de votre emploi principal sans avoir évalué les conséquences sur le chômage.
Déclarer spontanément à l’ORP et à la caisse vos parts, votre fonction, votre droit de signature, votre activité et vos revenus.
Informer la caisse avant toute augmentation du temps consacré à la Sàrl ou de la rémunération versée.
Demander une analyse individuelle à votre caisse de chômage lorsque la situation est incertaine.

Si vous hésitez encore entre plusieurs structures, notre comparatif raison individuelle ou Sàrl présente également les différences de responsabilité, de fiscalité et d’assurances sociales.

Si votre choix est déjà arrêté, vous pouvez lancer directement la création de votre Sàrl avec l’accompagnement de nos experts-comptables diplômés.

Conclusion : créer une Sàrl sans renoncer automatiquement au chômage

Devenir associé-gérant d’une Sàrl n’annule pas automatiquement les droits acquis grâce à un emploi salarié auprès d’un autre employeur. Une indemnisation reste envisageable si l’emploi perdu est réellement distinct, si les conditions de cotisation sont remplies et si l’activité entrepreneuriale reste compatible avec une recherche d’emploi effective.

En revanche, l’assurance-chômage ne couvre en principe pas le risque entrepreneurial de l’associé-gérant qui réduit ou supprime son propre salaire tout en conservant la maîtrise de sa société. Le versement de cotisations AC ne suffit pas à écarter cette limitation.

Avant de créer votre Sàrl en Suisse, le bon réflexe consiste donc à distinguer clairement votre emploi principal, votre activité accessoire, votre rémunération et le temps que vous comptez consacrer à la société.

Cet article présente les règles applicables selon les informations officielles disponibles au 2 septembre 2026. Il fournit une information générale et ne remplace pas une décision de la caisse de chômage ni un avis juridique adapté à une situation particulière.

FAQ sur les associés-gérants de Sàrl et le chômage

Oui, lorsque le chômage résulte de la perte d’un emploi salarié auprès d’une autre entreprise, un droit peut subsister. La caisse vérifiera les cotisations, la durée de cet emploi et la disponibilité réelle pour reprendre un poste.

Pour une perte d’emploi dans sa propre Sàrl, la qualité d’associé peut suffire à créer une position assimilable à celle d’un employeur. Si l’emploi perdu se trouvait auprès d’un tiers, la situation doit être examinée sous l’angle de l’aptitude au placement.

Pas nécessairement si vous avez perdu un emploi auprès d’un autre employeur. En revanche, quitter uniquement la gérance peut être insuffisant si vous demandez une indemnisation après la fin de votre emploi dans votre propre Sàrl et que vous en restez associé.

Une cession réelle des parts peut être nécessaire pour démontrer la fin définitive d’une position déterminante dans sa propre société. Elle doit généralement s’accompagner de la fin des fonctions de gérant et du droit de signature.

Le salaire est soumis aux cotisations AC, mais celles-ci ne garantissent pas une indemnisation si l’associé-gérant conserve le contrôle de la société. La position réelle dans l’entreprise reste déterminante.

Le salaire doit être déclaré. Il peut constituer un gain intermédiaire et réduire les indemnités. S’il existait déjà comme véritable gain accessoire avant le chômage et reste inchangé, son traitement peut être différent.

Le chiffre d’affaires et le bénéfice appartiennent à la Sàrl et ne sont pas automatiquement des revenus personnels. Ils peuvent toutefois aider la caisse à apprécier l’importance de l’activité et la disponibilité de l’assuré.

La création de la Sàrl n’efface pas les cotisations. La caisse examine toutefois normalement les deux années précédant l’ouverture du droit et exige au moins douze mois de cotisations durant cette période.

L’absence de chiffre d’affaires ne suffit pas. La caisse examine également le temps consacré à la société, les démarches commerciales, les investissements et la possibilité d’accepter rapidement un emploi salarié.

La caisse de chômage décide du droit et du calcul des indemnités. L’ORP ou l’autorité cantonale peut intervenir dans l’examen de l’aptitude au placement et de la disponibilité.

À propos de l’auteur

Romain Prieur

Romain Prieur
Expert-comptable diplômé, membre EXPERTsuisse

Fondateur d’Entreprendre.ch, Romain accompagne les entrepreneurs suisses dans la création et la gestion de leur société, de la Sàrl à la SA. Il rend les démarches administratives, comptables et fiscales claires et accessibles.

Découvrir son parcours →

À lire également

Salaire ou dividende pour se rémunérer en Suisse

Fiscalité
Salaire ou dividende : comment se rémunérer avec sa société ?

Différences entre raison individuelle et Sàrl en Suisse

Création d’entreprise
Raison individuelle ou Sàrl : quel statut choisir ?

Créer une Sàrl en Suisse

Création d’entreprise
Création d’une Sàrl en Suisse : le guide complet

Vous préparez la création de votre Sàrl ?

Créez votre société avec l’accompagnement d’experts-comptables diplômés suisses, ou faites d’abord le point sur votre structure et votre rémunération.

Romain Prieur

Romain Prieur est expert-comptable diplômé fédéral et fondateur d'Entreprendre.ch et de la Fiduciaire Karpeo, à Genève. Après 8 ans chez PwC Suisse, il a accompagné plus de 3'000 entrepreneurs dans la création de leur société en Suisse romande. Il est également chargé de cours à l'École CREA et chez EXPERTsuisse, et anime la chaîne YouTube « Entreprendre en Suisse avec Romain ».