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Vous achetez une machine pour 10’000 CHF et prévoyez de l’utiliser cinq ans. En comptabilité, son coût ne doit pas nécessairement peser entièrement sur l’année d’achat. L’amortissement permet de tenir compte de sa consommation économique au fil du temps.

En bref

  • L’amortissement comptabilise la perte de valeur liée à l’utilisation et au temps.
  • Une correction de valeur répond à d’autres causes de perte de valeur ; ce n’est pas toujours le même mécanisme.
  • En linéaire, on répartit la base amortissable sur la durée d’utilisation. En dégressif, on applique un taux à la valeur comptable restante.
  • Les taux fiscaux de l’AFC ne doivent pas être confondus avec une durée économique obligatoire pour tous les biens.

Pourquoi amortir une immobilisation ?

Une machine, un véhicule ou un ordinateur peut être utilisé pendant plusieurs exercices. Son acquisition figure alors à l’actif si les conditions de comptabilisation sont réunies. Les amortissements réduisent sa valeur comptable et constituent des charges dans le compte de résultat.

L’article 960a CO distingue les pertes de valeur dues à l’utilisation et au temps des pertes liées à d’autres facteurs. Une détérioration importante ou une obsolescence imprévue peut donc nécessiter une correction supplémentaire.

L’amortissement n’est pas une réserve d’argent. Il ne crée pas, à lui seul, les liquidités qui permettront de remplacer l’équipement.

Pourquoi répartir un achat sur plusieurs années ?

Supposons qu’un équipement de 10’000 CHF serve pendant cinq ans. Si tout son coût pesait sur la première année, celle-ci semblerait beaucoup moins rentable, tandis que les quatre suivantes utiliseraient le bien sans supporter la même charge. L’amortissement répartit le coût selon la méthode retenue et la durée d’utilisation estimée.

Cela permet de mieux rapprocher l’utilisation du bien et les résultats auxquels il contribue. Ce n’est toutefois pas une mesure exacte de son prix de marché à chaque date. Un ordinateur peut perdre rapidement de sa valeur de revente tout en restant adapté au travail de l’équipe.

Distinguez également le traitement comptable et les règles fiscales. La durée d’usage, l’obsolescence et la valeur résiduelle éclairent le premier ; les taux et pratiques admis encadrent le second. Choisir un pourcentage dans une notice ne dispense pas de vérifier à quel bien, à quelle base et à quelle méthode il s’applique.

Quels biens peut-on amortir ?

Les immobilisations corporelles concernées comprennent les machines, véhicules, équipements informatiques, mobilier et bâtiments. Le terrain doit être distingué du bâtiment : il n’est en principe pas amorti pour simple passage du temps, même si une perte de valeur peut devoir être constatée.

Les actifs incorporels, tels que certains logiciels, brevets ou droits acquis, demandent également une analyse de leur durée d’utilisation. Pour des comptes statutaires suisses, le traitement doit être déterminé selon le CO ; les règles IFRS sur les marques ou le goodwill ne se transposent pas automatiquement.

La durée de protection juridique d’un brevet fixe une limite possible, mais sa durée d’utilité économique peut être plus courte.

Trois méthodes de calcul

Amortissement linéaire

Dotation annuelle = (coût d’acquisition − valeur résiduelle estimée) / durée d’utilisation.

Une machine de 10’000 CHF, utilisée cinq ans et sans valeur résiduelle retenue, donne une dotation de 2’000 CHF par année complète. Après deux ans, sa valeur comptable est de 6’000 CHF.

Pour un véhicule de 30’000 CHF sur cinq ans, avec les mêmes hypothèses, la dotation est de 6’000 CHF. La date de mise en service et la politique de prorata doivent aussi être prises en compte.

Amortissement dégressif

Dotation = valeur comptable au début de la période × taux.

Un ordinateur de 5’000 CHF amorti à 40 % donne 2’000 CHF la première année, puis 1’200 CHF la deuxième sur les 3’000 CHF restants. Ce calcul ne ramène pas spontanément la valeur à zéro : le traitement final doit être cohérent avec la durée et la valeur résiduelle retenues.

Amortissement selon l’utilisation

Pour certains équipements, les heures de fonctionnement ou les unités produites reflètent mieux la consommation du bien. Il faut alors estimer l’utilisation totale et suivre l’utilisation réelle de façon fiable.

Comparaison sur trois années

Exemple : ordinateur de 5’000 CHF, année complète, sans valeur résiduelle dans le scénario linéaire. Le taux de 40 % dégressif et le taux de 20 % linéaire servent ici à comparer les profils.

Année Charge dégressive 40 % Valeur nette dégressive Charge linéaire 20 % Valeur nette linéaire
1 2’000 3’000 1’000 4’000
2 1’200 1’800 1’000 3’000
3 720 1’080 1’000 2’000

L’amortissement constate une consommation de valeur ; il ne constitue pas un nouveau paiement annuel de l’ordinateur. Le choix effectif dépend de la situation comptable et fiscale.

Quels taux fiscaux regarder en Suisse ?

La notice AFC A/1995 fixe des taux normaux d’amortissement pour les entreprises commerciales. Le tableau ci-dessous présente une sélection des catégories de sa version française.

Catégorie de la notice A/1995 Taux sur valeur comptable Taux sur valeur d’acquisition
Mobilier commercial, installations d’ateliers et d’entrepôts ayant un caractère mobilier 25 % 12,5 %
Appareils et machines destinés à la production 30 % 15 %
Véhicules à moteur de tout genre 40 % 20 %
Machines utilisées principalement pour le travail par équipes ou employées dans des conditions spéciales, telles que machines lourdes servant à travailler la pierre, machines de chantier 40 % 20 %
Machines qui sont exposées à un haut degré à des actions chimiques nuisibles 40 % 20 %
Machines de bureau 40 % 20 %
Ordinateurs (hardware et software) 40 % 20 %

La note 3 de la notice prévoit de réduire les taux de moitié lorsqu’ils s’appliquent à la valeur d’acquisition. Ainsi, le taux normal de 30 % sur valeur comptable correspond à 15 % sur valeur d’acquisition. Ces bases de calcul ne doivent pas être mélangées.

Le classement précis du bien compte : une machine de production ordinaire et une machine utilisée principalement pour le travail par équipes ne relèvent pas du même taux dans cette notice. Les logiciels figurent dans la catégorie informatique ; un abonnement donnant accès à un service doit toutefois être distingué d’un actif à amortir.

Ces taux concernent l’admissibilité fiscale dans les conditions prévues par la notice. Les comptes commerciaux et la déclaration fiscale ne suivent pas nécessairement la même valeur : l’article 960a, alinéa 4, CO permet notamment des amortissements supplémentaires à des fins de remplacement et pour assurer la prospérité de l’entreprise à long terme, sans rendre toute dotation automatiquement déductible fiscalement. La liste ci-dessus n’est pas exhaustive. À Genève, Vaud ou dans un autre canton romand, vérifiez aussi la pratique applicable avant de retenir un amortissement immédiat ou exceptionnel. Le traitement commercial et le traitement fiscal doivent être rapprochés.

Comment enregistrer l’amortissement ?

Pour une dotation de 2’000 CHF, on débite une charge d’amortissement et on crédite soit l’actif concerné, soit son compte correcteur à l’actif. Le CO interdit de présenter les amortissements de cet actif comme une dette au passif.

L’annexe donne les informations pertinentes sur les principes appliqués et les postes concernés. Conservez aussi un tableau des acquisitions, cessions, dotations et valeurs nettes.

Méthode directe ou indirecte : le même actif net

Reprenons la machine de 10’000 CHF, amortie de 2’000 CHF par an pendant deux années complètes.

Présentation du suivi comptable Coût conservé dans le compte du bien Amortissements cumulés distincts Valeur nette
Amortissement direct 6’000 CHF après diminution du compte Aucun compte correcteur distinct 6’000 CHF
Amortissement indirect 10’000 CHF −4’000 CHF à l’actif 6’000 CHF

Dans les deux cas, la charge totale des deux années est de 4’000 CHF. La méthode indirecte facilite la lecture du coût historique et de la part déjà amortie ; elle ne crée pas une dette de 4’000 CHF envers quelqu’un. Lors d’une vente ou d’une mise au rebut, le suivi doit permettre de sortir le bien et les amortissements correspondants.

Cette distinction concerne la manière d’enregistrer l’amortissement. Elle est indépendante du choix d’un calcul linéaire ou dégressif.

Ce que l’amortissement change dans vos décisions

Avec un amortissement annuel de 2’000 CHF, le résultat diminue de 2’000 CHF. La banque, elle, ne diminue pas à nouveau du même montant : le paiement a eu lieu lors de l’achat, ou suit l’échéancier du financement. C’est une distinction essentielle pour comprendre une entreprise qui investit beaucoup.

L’amortissement ne constitue pas non plus une cagnotte. Si vous voulez disposer de 12’000 CHF pour remplacer la machine dans cinq ans, il faut intégrer ce futur paiement à la planification. Les comptes peuvent enregistrer chaque année une charge sans que l’entreprise mette réellement l’argent de côté.

À chaque clôture, examinez les changements concrets : équipement abandonné, utilisation plus intense, dommage ou remplacement envisagé plus tôt. Ces faits peuvent demander de revoir les estimations ou la valeur comptable. Conservez leur justification avec le tableau des immobilisations.

Enfin, un bien entièrement amorti peut rester utile. Avant de le remplacer, comparez sa fiabilité, ses coûts d’entretien et sa capacité avec ceux de la solution envisagée. Le simple fait que sa valeur comptable soit nulle ne répond pas à cette décision économique.

Les erreurs à éviter

Ne confondez pas valeur comptable et prix de vente possible. Ne passez pas automatiquement tous les biens durables en charges, ni tous les petits achats à l’actif. Vérifiez la matérialité et une politique de classement constante.

Enfin, un amortissement comptable ne réduit le bénéfice fiscal que dans la mesure où il est admis. Les écarts doivent être traités dans la déclaration fiscale et expliqués dans le dossier de clôture.

Relier vos investissements à leur coût réel dans le temps

Comprendre l’amortissement permet de lire le résultat sans le confondre avec les paiements et de préparer le renouvellement du matériel. Un tableau des immobilisations tenu à jour rend ces deux lectures plus simples.

Notre service de comptabilité peut vous aider à suivre vos biens et à appliquer un traitement cohérent avec leur utilisation et les règles suisses.

Questions fréquentes

L’amortissement entraîne-t-il un paiement ?

Non, pas au moment de sa comptabilisation. Le paiement du bien et sa consommation comptable sont deux événements distincts.

Peut-on amortir un terrain ?

Pas en principe pour la seule usure ou le temps. Une perte de valeur particulière doit être analysée séparément.

Faut-il appliquer les mêmes taux chaque année ?

La méthode doit rester cohérente. Un changement d’estimation ou de situation peut justifier une adaptation documentée, dont les conséquences fiscales doivent être vérifiées.

À propos de l’auteur

Romain Prieur

Romain Prieur
Expert-comptable diplômé, membre EXPERTsuisse

Romain Prieur est expert-comptable diplômé et fondateur d’Entreprendre.ch. Après plus de dix ans d’expérience dans l’audit et l’accompagnement d’entreprises en Suisse, il conseille des entrepreneurs sur la création, la comptabilité et la fiscalité de leur société.

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Romain Prieur

Romain Prieur est expert-comptable diplômé fédéral et fondateur d'Entreprendre.ch et de la Fiduciaire Karpeo, à Genève. Après 8 ans chez PwC Suisse, il a accompagné plus de 3'000 entrepreneurs dans la création de leur société en Suisse romande. Il est également chargé de cours à l'École CREA et chez EXPERTsuisse, et anime la chaîne YouTube « Entreprendre en Suisse avec Romain ».