Votre entreprise réalise un bénéfice. Combien faut-il mettre de côté pour les impôts ? La réponse commence par votre forme juridique, puis par le canton et la commune où l’activité est imposable. La TVA et les impôts du dirigeant viennent ensuite, avec leurs propres règles.
Ce guide vous aide à identifier les postes à prévoir et les documents à préparer. Pour comparer les taux entre cantons, vous trouverez un classement et un simulateur dédiés.
En bref
- Une SA ou une Sàrl paie l’impôt sur son bénéfice et, au niveau cantonal et communal, sur son capital imposable.
- En raison individuelle, le résultat de l’activité est imposé chez l’entrepreneur ; il n’y a pas une société fiscalement séparée.
- L’impôt fédéral direct n’est qu’une partie de la facture d’une société. Les impôts cantonaux et communaux s’y ajoutent.
- La TVA concerne le chiffre d’affaires et les opérations, pas le bénéfice. Elle se suit séparément.
- Un budget utile distingue les impôts de l’entreprise, ceux du dirigeant et les cotisations sociales.
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SA, Sàrl ou raison individuelle : qui paie l’impôt ?
Une Sàrl et son associé sont deux contribuables. La société déclare son bénéfice ; l’associé déclare notamment son salaire, ses dividendes et la valeur fiscale de ses parts. Le fait de détenir 100 % de la société ne supprime pas cette séparation.
En raison individuelle, vous déclarez le résultat net de votre activité avec vos autres revenus. Les éléments de fortune commerciale entrent dans votre déclaration personnelle selon les règles applicables. Un prélèvement sur le compte professionnel ne devient pas un salaire déductible versé à vous-même : c’est le bénéfice qui compte, même si vous le laissez sur ce compte.
| Situation | Imposition du résultat | Fortune ou capital |
|---|---|---|
| Raison individuelle | Revenu de l’entrepreneur | Fortune nette imposable de l’entrepreneur |
| Sàrl ou SA | Bénéfice de la société | Capital imposable de la société |
| Associé ou actionnaire | Salaire et éventuels dividendes | Valeur fiscale des parts ou actions |
Les cotisations AVS ne sont pas des impôts. Elles restent pourtant une sortie de trésorerie à prévoir et leur traitement diffère entre indépendant et salarié de sa société.
L’impôt sur le bénéfice : partir du bon résultat
L’impôt sur le bénéfice correspond à ce que l’on appelle souvent, notamment en France, l’« impôt sur les sociétés ». Pour le calcul suisse, le résultat comptable est le point de départ. Il peut ensuite être corrigé fiscalement : dépenses privées enregistrées en charges, amortissements non admis, provisions insuffisamment justifiées ou prestations accordées à un proche à des conditions inhabituelles.
Prenons une société qui affiche un bénéfice comptable de 100’000 CHF avant impôts. Elle a comptabilisé 5’000 CHF de dépenses privées non justifiées commercialement. Leur réintégration porte le résultat fiscal avant déduction des impôts à 105’000 CHF, en l’absence d’autres corrections. Avec un taux effectif purement hypothétique de 14 % sur cette base avant impôts, la provision serait de 14’700 CHF, contre 14’000 CHF sans réintégration : l’écart serait de 700 CHF.
Cet exemple isole l’effet sur l’impôt sur le bénéfice. Il ne règle pas les conséquences éventuellement liées à l’avantage privé, notamment pour le bénéficiaire, l’impôt anticipé ou les assurances sociales. Le taux de 14 % n’est pas un barème cantonal ni une règle de calcul universelle.
La part fédérale
Pour une société de capitaux, le taux légal de l’impôt fédéral direct est de 8,5 % du bénéfice net imposable. Les impôts étant déductibles, ce taux ne doit pas être lu comme 8,5 % du résultat avant impôts. Considéré isolément, il correspond à environ 7,83 % avant cet impôt. Il ne s’agit surtout pas du taux global de la société.
Les parts cantonale et communale
Elles dépendent du lieu d’imposition et du barème applicable. À Genève ou à Lausanne, une PME n’obtient pas nécessairement le taux maximal affiché pour le chef-lieu dans un classement national. Certains barèmes comportent des tranches et les coefficients communaux peuvent varier.
Pour un budget de départ, un taux global hypothétique de 14 % sur 100’000 CHF de bénéfice avant impôts donnerait 14’000 CHF d’impôt et 86’000 CHF après impôts. Cet exemple explique le raisonnement ; il ne remplace pas un calcul pour votre commune, votre capital et votre exercice.
Si l’activité est répartie entre plusieurs cantons, une répartition fiscale peut être nécessaire. Une adresse de domiciliation ne suffit pas à déplacer à elle seule l’imposition de toute l’entreprise.
L’impôt sur le capital
Les cantons et communes imposent aussi le capital des sociétés selon leurs règles. L’assiette ne se limite pas forcément aux 20’000 CHF inscrits lors de la constitution d’une Sàrl : elle comprend notamment les réserves et les bénéfices reportés, avec les ajustements fiscaux nécessaires.
Les taux, minima, allégements et éventuelles possibilités d’imputer l’impôt sur le bénéfice sur celui sur le capital varient. Une société sans bénéfice n’est donc pas automatiquement sans impôt. Consultez le calcul cantonal pour Genève, Vaud, Fribourg, Valais, Neuchâtel, Jura ou Berne plutôt que reprendre un pourcentage suisse unique.
La TVA : un suivi distinct des impôts directs
La TVA porte sur des opérations, même lorsqu’une entreprise ne réalise pas de bénéfice. L’assujettissement obligatoire intervient en principe dès 100’000 CHF de chiffre d’affaires mondial déterminant ; la nature des prestations et les exceptions doivent être examinées.
Une société assujettie facture la TVA sur ses prestations imposables et, avec la méthode effective, déduit l’impôt préalable auquel elle a droit. La différence est versée à l’AFC. L’argent encaissé à ce titre ne doit pas être confondu avec une marge disponible.
Les taux actuels sont de 8,1 % au taux normal, 2,6 % au taux réduit et 3,8 % pour les prestations d’hébergement concernées. Le bon taux dépend de la prestation, pas de votre canton. Consultez notre guide TVA suisse pour les catégories et notre guide d’inscription pour l’assujettissement.
Depuis 2025, un décompte annuel est possible sur demande pour certaines entreprises respectant les conditions. Il ne signifie pas que la TVA peut être oubliée pendant l’année : des acomptes et un suivi comptable restent nécessaires.
Dividendes : impôt personnel et impôt anticipé
Un dividende provient généralement d’un bénéfice déjà imposé dans la société. Il entre ensuite dans la fiscalité de l’associé. C’est la double imposition économique, atténuée dans certaines situations par l’imposition partielle des dividendes.
La société doit également traiter l’impôt anticipé sur la distribution. Pour un dividende ordinaire de 10’000 CHF soumis à une retenue de 35 %, elle verse normalement 6’500 CHF au bénéficiaire et 3’500 CHF à l’AFC. Le bénéficiaire peut obtenir le remboursement sous conditions. Cette retenue n’est donc pas nécessairement une charge définitive supplémentaire de 35 %.
Le guide de l’impôt anticipé détaille les formulaires et délais. L’arbitrage salaire ou dividende doit, lui, intégrer les charges sociales et la prévoyance.
Les autres impôts et frais à ne pas oublier
La détention ou l’achat d’un immeuble peut entraîner des impôts immobiliers, droits de mutation ou autres prélèvements selon le canton et l’opération. Il n’existe pas un impôt foncier national uniforme de 1,5 % à appliquer à toutes les entreprises.
Les droits de timbre peuvent également concerner certaines opérations sur le capital ou sur des titres. Ils ne s’appliquent pas indistinctement à chaque facture ni à toute création de société. Identifiez les opérations particulières avant de signer un financement, un achat immobilier ou une restructuration.
Organiser l’année fiscale sans mauvaise surprise
Tenez à jour le bilan, le compte de résultat et les justificatifs. Documentez les frais mixtes, comme la part privée du véhicule, et les relations financières entre la société et ses associés.
À chaque clôture intermédiaire, comparez le bénéfice prévisionnel aux acomptes d’impôt. Si l’activité progresse fortement, adaptez votre provision et examinez un ajustement des acomptes. Un acompte bas améliore temporairement le compte bancaire, pas le résultat final de la taxation.
Préparez un calendrier séparant déclaration fiscale, acomptes d’impôts directs, décomptes TVA, salaires et décisions de dividendes. Les délais dépendent de l’impôt et du canton : la règle des 60 jours en TVA ne s’étend pas à toutes les obligations fiscales.
Les livres et pièces comptables sont en règle générale conservés dix ans. Certaines pièces, notamment liées aux immeubles en matière de TVA, doivent être conservées plus longtemps. Le dossier doit rester exploitable : sauvegarder un fichier sans pouvoir retrouver les factures ne suffit pas.
Notre accompagnement fiduciaire relie comptabilité, clôture et déclaration fiscale pour que les montants provisionnés correspondent à la réalité de votre activité.
Questions fréquentes
Une société suisse ne paie-t-elle que 8,5 % d’impôt ?
Non. Ce taux légal concerne uniquement l’impôt fédéral direct, sur une base nette imposable. Les impôts cantonaux et communaux doivent aussi être pris en compte.
Une société déficitaire doit-elle déposer une déclaration ?
Oui. L’absence de bénéfice n’efface pas les obligations déclaratives et un impôt sur le capital ou un minimum cantonal peut rester dû.
Le même taux s’applique-t-il à une Sàrl et à une raison individuelle ?
Non. La raison individuelle relève de l’imposition du revenu de l’entrepreneur ; la Sàrl relève de l’imposition des personnes morales.
Sources et mise à jour
- SECO — imposition des sociétés de capitaux.
- AFC — imposition des personnes morales, avril 2026.
- Genève — calcul de l’impôt des sociétés.
- Vaud — impôt sur le bénéfice.
- AFC — décompte annuel TVA.
Vérification documentaire : 20 septembre 2026. Les taux utilisés dans les exemples sont des hypothèses explicites.
