Créer sa société en Suisse est une étape majeure. Une fois l’inscription au Registre du commerce (RC) confirmée et l’extrait en main, beaucoup d’entrepreneurs se retrouvent face à une question simple : et maintenant, par quoi est-ce que je commence ?
La réponse tient en dix priorités, classées par ordre logique. Certaines sont des obligations légales à respecter sous peine d’amendes ou de problèmes avec les autorités. D’autres sont des bonnes pratiques qui vous éviteront des complications coûteuses plus tard. Voici le guide complet pour bien démarrer.
1. Récupérez votre extrait RC et notez votre numéro IDE
Dès que votre société est inscrite, vous recevez votre extrait du Registre du commerce. Ce document officiel contient les informations publiques de votre entreprise : raison sociale, forme juridique, siège, capital, organes de direction et droits de signature.
Le numéro IDE (ou numéro UID, format CHE-XXX.XXX.XXX) est l’identifiant unique de votre société auprès de toutes les autorités suisses. Vous en aurez besoin pour presque toutes vos démarches : inscription à la TVA, affiliation AVS, ouverture de compte bancaire, commandes auprès de fournisseurs, facturation. Notez-le dans vos documents de base et communiquez-le à votre comptable et fiduciaire dès le départ.
2. Ouvrez un compte bancaire professionnel
Pour une Sàrl ou une SA, vous avez déjà ouvert un compte de consignation pour libérer le capital lors de la création. Ce compte n’est pas converti automatiquement : la procédure varie selon les établissements bancaires. Vérifiez activement auprès de votre banque les démarches nécessaires pour finaliser la transition et obtenir vos accès opérationnels.
Pour une raison individuelle, l’ouverture d’un compte professionnel n’est pas légalement obligatoire, mais elle est fortement recommandée pour séparer clairement vos flux personnels et professionnels. Cette séparation simplifie considérablement votre comptabilité et votre déclaration fiscale.
En pratique, comparez au moins 3 à 4 banques ou néobanques avant de vous décider : UBS, Raiffeisen, PostFinance, BCGE, mais aussi des acteurs plus agiles comme Neon Business ou Wise Business. Les frais varient considérablement : de moins de 20 CHF à plus de 100 CHF par mois selon les services inclus.
Vous avez créé votre société et souhaitez clarifier les prochaines étapes ?
Bénéficiez d’une consultation avec un expert : 30 minutes pour 89.- CHF.
3. Vérifiez votre situation TVA
En Suisse, l’assujettissement à la TVA n’est pas automatique. Vous êtes obligé de vous inscrire si votre chiffre d’affaires annuel dépasse 100’000 CHF. En dessous de ce seuil, l’inscription reste volontaire.
Pourtant, de nombreuses entreprises nouvellement créées sous-estiment cet aspect et se retrouvent en infraction. Si vous pensez atteindre ce seuil dans les 12 prochains mois, inscrivez-vous dès maintenant. L’assujettissement prend effet dès que vous dépassez ce seuil ou que vous savez que vous le dépasserez dans les 12 mois. Vous disposez alors de 30 jours pour vous annoncer à l’AFC (art. 66 LTVA). La démarche s’effectue en ligne via le portail de l’Administration fédérale des contributions (AFC).
Quelques points clés : le taux standard est de 8,1 % en 2026, avec des taux réduits pour certains biens (alimentation et médicaments au taux réduit de 2,6 %, hébergement au taux spécial de 3,8 %). L’inscription volontaire peut être avantageuse si vous avez beaucoup d’achats soumis à TVA et peu de clients particuliers. Les erreurs fréquentes à éviter avec la TVA sont nombreuses ; faites-vous conseiller par des experts.
C’est l’une des étapes les plus importantes, et l’une de celles que les nouveaux entrepreneurs oublient le plus souvent. En Suisse, les assurances sociales sont obligatoires et constituent une part significative de vos charges.
Pour un indépendant (raison individuelle)
Vous devez vous affilier à une caisse AVS dans les 3 mois suivant le début de votre activité. La LPP (prévoyance professionnelle) n’est pas obligatoire pour les indépendants, mais une adhésion volontaire est fortement recommandée pour ne pas sacrifier votre prévoyance retraite. Vous n’avez pas droit aux indemnités chômage.
Pour une Sàrl ou une SA avec employés
Vous devez affilier votre société à une caisse de compensation pour les cotisations AVS/AI/APG sur les salaires, souscrire à une caisse LPP dès que votre salaire annuel dépasse 22’680 CHF, cotiser à l’assurance chômage (AC) sur les salaires jusqu’à 148’200 CHF, et vous affilier à une caisse d’allocations familiales cantonale.
5. Souscrivez les assurances professionnelles nécessaires
Contrairement aux assurances sociales encadrées par la loi, les assurances professionnelles privées relèvent de votre responsabilité. Pourtant, elles peuvent vous sauver la mise en cas de problème.
Les assurances à considérer en priorité : la RC professionnelle (responsabilité civile), obligatoire dans certains secteurs comme les professions médicales et le conseil, recommandée pour tous ; la protection juridique, qui couvre vos frais en cas de litige avec un client, un fournisseur ou un employé ; l’assurance perte de gain maladie, indispensable si vous avez des employés ; l’assurance incendie et dégâts des eaux, obligatoire pour les locaux commerciaux dans la plupart des cantons ; et la LAA (assurance accidents), obligatoire dès que vous avez des employés.
Besoin d’aide pour organiser les démarches après la création de votre société ?
Bénéficiez d’un accompagnement professionnel avec les experts d’Entreprendre.ch
6. Mettez en place votre comptabilité
Toute société en Suisse est soumise à des obligations comptables. Pour une Sàrl ou une SA, la comptabilité en partie double est obligatoire dès le premier franc de chiffre d’affaires. Pour une raison individuelle, une comptabilité simplifiée est possible sous un certain seuil.
Même si vous n’avez pas encore de chiffre d’affaires, enregistrez chaque dépense dès le premier jour. Les frais engagés avant même l’inscription au RC (notaire, droits de timbre, déplacements liés à la création) sont souvent déductibles, encore faut-il les avoir correctement enregistrés.
Trois questions méritent d’être clarifiées dès le départ. Souhaitez-vous tenir votre comptabilité vous-même, à l’aide d’un logiciel comme Bexio, Abacus, Banana ou Sage, ou préférez-vous la confier à une fiduciaire ? Quel exercice comptable allez-vous adopter, sachant qu’il correspond le plus souvent à l’année civile, soit du 1er janvier au 31 décembre ? Enfin, votre société doit-elle disposer d’un organe de révision ? Cette obligation dépend notamment de sa taille, du nombre d’employés et, dans certains cas, du consentement des associés.
7. Préparez vos documents commerciaux
Avant d’envoyer votre première facture ou proposition commerciale, assurez-vous que vos documents de base sont en place. En Suisse, une facture doit respecter des mentions légales précises. Leur absence peut créer des problèmes tant avec vos clients qu’avec les autorités fiscales.
Préparez au minimum : un modèle de facture avec toutes les mentions obligatoires (raison sociale, adresse, numéro IDE, numéro TVA si assujetti, IBAN, date) ; un modèle de devis avec vos conditions de validité ; et si vous travaillez en B2C, des conditions générales de vente (CGV) accessibles à vos clients. Si vous ne savez pas par où commencer, n’hésitez pas à consulter notre guide pour faire une facture en Suisse.
8. Protégez votre marque et votre propriété intellectuelle
Le dépôt d’une marque en Suisse n’est pas automatique. Créer une société avec un nom donné ne vous protège pas contre l’utilisation de ce nom par un concurrent dans un autre secteur ou un autre canton. Seul le dépôt auprès de l’Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle (IPI) vous confère une protection de votre marque.
Le coût d’un dépôt de marque en Suisse est de 450 CHF, avec 100 CHF supplémentaires par classe dès la 4ème. Ce n’est pas négligeable, mais c’est nettement moins coûteux que de faire face à un litige de marque quelques années plus tard. Pensez aussi à enregistrer votre nom de domaine en .ch si ce n’est pas encore fait, et à vérifier les variantes (.com, .net).
Notre équipe d’experts vous soutient dans votre parcours entrepreneurial
Accompagnement personnalisé pour les entrepreneurs
9. Lancez votre visibilité en ligne
Avoir une entreprise inscrite au RC, c’est bien. Être trouvé par vos futurs clients, c’est mieux. Quelques actions concrètes peuvent rapidement améliorer votre visibilité sans investissement important.
Commencez par créer ou optimiser votre fiche Google Business Profile, gratuite et directement liée à votre référencement sur Google Maps, ce qui en fait un incontournable pour toute entreprise locale ou régionale. Vérifiez également que votre adresse figure sur les principaux annuaires suisses comme local.ch et search.ch, et ouvrez un profil LinkedIn au nom de votre société. Si vous n’avez pas encore de site internet, une page simple avec vos coordonnées, votre activité et un formulaire de contact suffit largement pour commencer.
Un point d’attention : après l’inscription au RC, vous recevrez des courriers de faux annuaires qui ressemblent à des factures officielles. Ne signez rien sans vérifier scrupuleusement, il peut s’agit d’une arnaque à l’annuaire.
10. Planifiez vos obligations fiscales à venir
La fiscalité des entreprises en Suisse ne se limite pas à la TVA. En tant que gérant ou administrateur d’une société, plusieurs obligations fiscales annuelles ou périodiques doivent être anticipées dès le départ.
Parmi les principales obligations à planifier figurent l’impôt sur le bénéfice, puisque la société est imposée sur son bénéfice net selon des taux qui varient en fonction du canton et de la commune, ainsi que l’impôt sur le capital pour les Sàrl et les SA. Si l’entreprise est assujettie à la TVA, elle devra également établir des décomptes périodiques.
En cas de distribution de dividendes, il faut aussi tenir compte de l’impôt anticipé de 35 %, qui peut être récupéré sous certaines conditions. Enfin, la question de votre rémunération personnelle mérite une réflexion dès le départ avec votre fiduciaire, car la répartition entre salaire et dividendes peut avoir un impact fiscal important.
Conclusion
Créer sa société en Suisse est une étape fondatrice, mais c’est ce qui se passe dans les semaines suivantes qui détermine souvent la solidité de votre démarrage. Entre les obligations légales à respecter sous peine de sanctions et les bonnes pratiques qui vous épargneront bien des complications, ces dix priorités forment un socle sur lequel construire sereinement.
Ne cherchez pas à tout faire en même temps : certaines démarches peuvent être conduites en parallèle, mais d’autres obéissent à des délais stricts. Affiliation AVS, inscription TVA, mise en place de la comptabilité, autant de points à cocher rapidement pour être en règle et vous concentrer sur l’essentiel : développer votre activité.
Vous souhaitez aller plus loin et sécuriser chaque étape de votre démarrage ? Entreprendre.ch vous accompagne avec des conseils personnalisés adaptés à votre situation, par des experts-comptables diplômés.
Sur le même sujet
La société simple en Suisse : Avantages et inconvénients
Comment faire sa demande d’indépendant en Suisse ?
Retrait du 2eme pilier pour créer son entreprise en Suisse
Domicilier le siège son entreprise en Suisse ? Quel canton choisir ?
Apport en nature lors de la création d’une SARL ou SA en Suisse
Entreprendre pendant ses études ou juste après
SARL ou SA : Quelle est la meilleure option pour votre entreprise ?
Quelles sont les différences entre indépendant et SARL ?
Ouvrir une société en Suisse en étant résident français
FAQ – Les étapes après la création de sa société
Dans quel délai faut-il s'affilier à l'AVS après la création de sa société ?
Pour un indépendant, l’affiliation à une caisse AVS doit être effectuée dans les 3 mois suivant le début de l’activité. Pour une société (Sàrl ou SA) qui emploie du personnel, l’affiliation doit intervenir avant le premier versement de salaire. Passé ces délais, des intérêts moratoires peuvent s’appliquer.
Est-il obligatoire de s'inscrire à la TVA immédiatement après la création ?
Non. L’inscription à la TVA n’est obligatoire que lorsque votre chiffre d’affaires annuel dépasse 100’000 CHF. Si vous prévoyez de dépasser ce seuil dans les 12 premiers mois, inscrivez-vous dès le départ pour éviter d’être en infraction. L’inscription volontaire est possible à tout moment si elle est avantageuse pour vous.
Faut-il un organe de révision pour une Sàrl ?
Non, pas systématiquement. En principe, une Sàrl est soumise à un contrôle restreint. Elle peut toutefois y renoncer si son effectif ne dépasse pas 10 emplois à plein temps en moyenne annuelle et si tous les associés y consentent. Un contrôle ordinaire devient obligatoire si la société dépasse, pendant deux exercices successifs, deux des trois seuils suivants : un total du bilan de 20 millions CHF, un chiffre d’affaires de 40 millions CHF et 250 emplois à plein temps en moyenne annuelle.
Peut-on gérer sa comptabilité soi-même sans fiduciaire ?
Oui, légalement rien ne l’interdit. Les logiciels comme Bexio ou Banana sont accessibles et bien adaptés aux PME suisses. Cela dit, les erreurs comptables et fiscales peuvent coûter cher. Beaucoup d’entrepreneurs choisissent de gérer leur comptabilité courante eux-mêmes et de confier la clôture annuelle et la déclaration fiscale à une fiduciaire.
Qu'est-ce que l'extrait RC et à quoi sert-il ?
L’extrait du Registre du commerce est le document officiel attestant l’existence légale de votre entreprise. Il contient votre raison sociale, forme juridique, siège, capital, organes et droits de signature. Il vous sera demandé pour ouvrir un compte bancaire, contracter des assurances, répondre à des appels d’offres publics ou travailler avec certains partenaires. Un extrait récent (moins de 3 mois) est souvent exigé.
Les 10 étapes doivent-elles être faites dans l'ordre ?
Pas strictement. Certaines peuvent être conduites en parallèle, notamment l’ouverture du compte bancaire et l’affiliation AVS. En revanche, certaines ont des délais légaux (TVA : 30 jours après dépassement du seuil ; AVS : 3 mois).
