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Votre compte affiche 25’000 CHF. Les salaires approchent, un client doit encore vous payer et plusieurs factures attendent. Pouvez-vous engager une nouvelle dépense ? Le solde bancaire, à lui seul, ne permet pas de répondre.

Gérer la trésorerie, c’est savoir si l’argent sera disponible au moment où il faudra payer. Pour y parvenir, vous avez besoin de dates crédibles, de quelques calculs et d’actions concrètes. Prenons une petite entreprise de services : nous allons suivre son argent sur un mois, puis voir ce qui change lorsqu’un client paie en retard.

En bref

  • Une facture envoyée n’est pas encore de l’argent en banque. Une entreprise rentable peut donc manquer de trésorerie.
  • Placez les encaissements et les paiements à leur date réelle : le moment le plus tendu peut survenir avant la fin du mois.
  • Avant de chercher un crédit, identifiez le besoin : combien manque-t-il, à partir de quand et jusqu’à quelle date ?
  • Chaque semaine, comparez les paiements annoncés aux mouvements bancaires et décidez de la prochaine action.

Trésorerie et bénéfice : quelle différence ?

Le bénéfice indique si votre activité rapporte davantage qu’elle ne coûte. La trésorerie correspond à l’argent disponible pour régler vos dépenses. Ces deux indicateurs ne suivent pas le même calendrier.

Vous pouvez terminer une prestation, la facturer et attendre encore trente jours avant d’être payé. Entre-temps, les salaires et le loyer continuent à sortir du compte. À l’inverse, un prêt augmente votre trésorerie dès son versement, mais ne constitue pas un bénéfice : cet argent devra être remboursé.

Cette distinction change les décisions. Si un client fiable paie avec deux semaines de retard, vous devez couvrir un décalage. Si chaque prestation vous coûte plus qu’elle ne rapporte, vous devez revoir vos prix, vos coûts ou votre organisation. Relancer les clients ne corrigera pas ce second problème.

Prévoir les prochaines semaines

Commencez par trois documents : vos soldes bancaires à jour, vos factures clients non encaissées et la liste des paiements à venir. Un tableur suffit pour démarrer. Si vous avez plusieurs comptes, rassemblez les montants réellement utilisables ; gardez les fonds bloqués à part.

Pour chaque mouvement, notez la date à laquelle l’argent devrait entrer ou sortir du compte. La date de facturation n’est pas une date d’encaissement. Lorsqu’un client paie habituellement avec du retard, retenez une hypothèse réaliste et signalez ce qui reste incertain.

Voici la prévision de notre entreprise de services. Elle commence novembre avec 25’000 CHF et attend 20’000 CHF de paiements clients. Ses dépenses prévues atteignent 35’000 CHF.

Exemple fictif : le solde après chaque mouvement, en CHF
Date Mouvement prévu Solde
1er novembre Argent disponible au départ 25’000
6 novembre Paiement des fournisseurs : −10’000 15’000
12 novembre Paiement d’un client : +5’000 20’000
19 novembre Paiement du principal client : +15’000 35’000
25 novembre Salaires et charges sociales : −17’000 18’000
30 novembre Loyer et échéances fiscales : −8’000 10’000

Les montants représentent les mouvements bancaires, TVA comprise lorsqu’elle s’applique. Certaines dépenses sont regroupées pour simplifier l’exemple. Dans votre tableau, conservez leurs dates effectives.

Le calcul de fin de mois est simple : 25’000 + 20’000 − 35’000 = 10’000 CHF. Mais la colonne « Solde » est tout aussi utile : elle permet de voir si l’entreprise peut payer à chaque étape. Un total mensuel positif ne suffit pas lorsque les clients paient après les grosses échéances.

Prolongez cette prévision assez loin pour voir les prochaines dépenses importantes, puis précisez-la semaine par semaine à l’approche des échéances. Notre article sur le budget de trésorerie détaille la construction du tableau. Ici, l’enjeu est de savoir quoi faire avec les chiffres obtenus.

Un client paie en retard

Le principal client annonce maintenant qu’il réglera ses 15’000 CHF le 4 décembre, au lieu du 19 novembre. Les ventes n’ont pas changé, mais l’argent ne sera pas là pour les mêmes échéances.

Sans ce paiement, le solde prévu tombe à 3’000 CHF après les salaires du 25 novembre, puis à −5’000 CHF le 30 novembre. Ce montant négatif représente un besoin à financer. Il ne signifie pas que la banque autorisera un découvert.

L’entreprise doit donc trouver au moins 5’000 CHF avant le 30 novembre pour régler les dépenses prévues. Si elle veut conserver une marge de sécurité de 5’000 CHF, il lui faut une solution portant sur 10’000 CHF.

Demander le bon montant, à temps

Le dirigeant demande au client de verser 10’000 CHF le 24 novembre, puis les 5’000 CHF restants le 4 décembre. Si le client accepte et paie comme convenu, le solde passe de 20’000 à 30’000 CHF le 24, puis à 13’000 CHF après les salaires du 25 et à 5’000 CHF après les paiements du 30.

Pourquoi demander le versement avant les salaires ? Pour éviter que le compte descende temporairement à 3’000 CHF le 25, en dessous de la marge de sécurité choisie.

Un versement de 5’000 CHF aurait seulement ramené le solde final à zéro. Un versement de 10’000 CHF reçu le 2 décembre serait arrivé trop tard. Le montant et la date font ensemble la solution.

Tant que l’accord n’est pas confirmé, gardez le scénario de retard. Une demande de paiement n’est pas un encaissement acquis. Si le client refuse, cherchez une autre solution avant l’échéance : report négocié d’une dépense, achat encore évitable ou financement déjà accordé et disponible. Recalculez aussi décembre : déplacer un paiement ne le fait pas disparaître.

Faire rentrer l’argent plus vite

Le premier levier se trouve souvent entre le travail réalisé et l’argent reçu. Pour agir au bon endroit, regardez où le paiement s’arrête.

Le travail est terminé, la facture attend

Une semaine passée à préparer la facture décale d’autant le début du délai de paiement. Préparez-la dès que la prestation ou l’étape prévue au contrat est réalisée. Vérifiez le destinataire, la référence de commande éventuelle et les informations nécessaires au règlement. Une facture envoyée au mauvais service peut rester bloquée sans que le client manque d’argent.

Pour éviter ces allers-retours, utilisez notre liste des points à vérifier avant d’envoyer une facture.

La mission est longue ou demande des achats

Si vous devez avancer des frais importants, discutez d’un acompte ou de paiements par étapes dès le devis. Par exemple : un premier versement à la commande, puis un autre à la livraison d’une partie du travail. Les étapes et les conditions doivent être claires et acceptées par le client. Cela évite de financer toute la mission jusqu’à la facture finale.

La facture est échue

Une relance utile cherche une réponse précise. Vous pouvez écrire : « La facture n° X, échue le 15 novembre, reste ouverte. Pouvez-vous nous confirmer la date du virement ? S’il manque une pièce pour la valider, dites-nous laquelle. »

Adaptez ensuite la suite : renvoyer un document manquant, traiter une contestation ou convenir d’un échéancier si le client connaît une difficulté. Notez le montant promis, sa date et la personne à recontacter. Notre article sur le suivi des encaissements explique comment organiser ces relances.

Éviter les sorties mal anticipées

Les salaires mensuels sont généralement visibles. Les dépenses moins fréquentes se font plus facilement oublier : assurances annuelles, décompte de charges sociales, entretien d’un véhicule ou échéance fiscale. Ajoutez-les au calendrier dès que vous les connaissez, même si elles ne sont pas encore facturées.

Pour la TVA, prévoyez le paiement sans attendre une facture de l’AFC : elle n’en envoie pas automatiquement. Le délai usuel est de 60 jours après la fin de la période de décompte. Si votre entreprise utilise le décompte annuel, son calendrier prévoit des acomptes et un solde ; reprenez les échéances propres à votre régime. Les règles figurent sur les pages de l’AFC consacrées au paiement de la TVA et au décompte annuel.

Avant un achat, regardez le solde prévu après les échéances déjà engagées. Une remise fournisseur peut être intéressante, mais elle ne rend pas forcément l’achat supportable aujourd’hui. Un stock payé et non vendu garde votre argent immobilisé. Un inventaire aide à repérer ce qui tourne peu et les commandes à réduire.

Vous souhaitez décaler un règlement ? Parlez-en au fournisseur avant l’échéance et obtenez son accord. Le retard subi peut abîmer la relation ou bloquer une livraison dont vous avez besoin pour facturer vos propres clients.

Combien garder en réserve ?

Il n’existe pas de nombre de mois adapté à toutes les entreprises. Un commerce payé immédiatement et une société qui attend le règlement de trois gros clients ne supportent pas les mêmes risques.

Partez de votre prévision et posez une question concrète : quel retard ou quelle dépense imprévue doit-on pouvoir absorber ? Décalez le paiement du client le plus important, ajoutez une réparation plausible ou testez un mois de ventes plus faible. Regardez le solde le plus bas obtenu, à sa date précise.

Dans notre exemple, la prévision normale finit à 10’000 CHF. Le retard du client la fait tomber à −5’000 CHF. Pour conserver 5’000 CHF de sécurité malgré ce retard, il faut donc 10’000 CHF supplémentaires : 5’000 pour combler le manque et 5’000 pour garder la marge souhaitée. Ce seuil de sécurité est une hypothèse de l’exemple, pas une recommandation valable pour toutes les PME.

Une fois les paiements intégrés au tableau, ne les déduisez pas une seconde fois pour calculer votre réserve. Et si vous transférez de l’argent sur un autre compte de l’entreprise pour préparer la TVA, la trésorerie totale n’augmente pas : vous avez simplement isolé une somme pour son usage futur.

Gardez enfin une distinction entre votre argent disponible et une ligne de crédit. Une ligne confirmée, encore inutilisée et mobilisable à temps peut couvrir un besoin ; elle reste une dette potentielle, avec ses conditions et son coût.

Si le manque d’argent se répète

Une tension ponctuelle peut se résoudre avec un paiement partiel. Si la même difficulté revient chaque mois, cherchez ce qui l’entretient avant d’emprunter davantage.

  • L’activité grandit. Vous achetez plus et payez davantage de salaires avant de recevoir l’argent des nouvelles ventes. Ce décalage est le besoin en fonds de roulement. Des acomptes, des stocks mieux maîtrisés ou un financement adapté à la croissance peuvent le réduire ou le couvrir.
  • L’activité perd de l’argent. Le crédit vous donne du temps, mais ajoute des remboursements. Il faut travailler sur les prix, les marges et les charges pour arrêter la perte.
  • Un investissement a vidé le compte. Une machine utilisée pendant plusieurs années peut justifier un financement sur une durée adaptée, afin de préserver l’argent nécessaire au fonctionnement courant. Comparez le coût total et les remboursements futurs avant de choisir un prêt bancaire.

Si votre SA ou votre Sàrl risque de ne plus pouvoir payer ses dettes à l’échéance, faites rapidement le point avec votre fiduciaire et, selon la situation, un spécialiste de l’assainissement. Le Code des obligations impose de surveiller la solvabilité et d’agir avec célérité lorsque celle-ci est menacée (art. 725 CO, applicable par analogie à la Sàrl selon l’art. 820 CO). Une prévision négative ne prouve pas, à elle seule, un surendettement : cette question demande un examen distinct des actifs et des dettes.

Votre point de trésorerie hebdomadaire

Choisissez un moment fixe dans la semaine. La personne qui suit les clients et celle qui valide les dépenses doivent pouvoir partager les informations utiles. Le tableau n’a de valeur que si les dates sont tenues à jour.

  1. Remplacez les prévisions passées par les mouvements réels. Un paiement annoncé mais absent reste à suivre. Vérifiez son nouveau délai au lieu de le repousser automatiquement d’une semaine.
  2. Regardez le prochain point bas. Notez la date, le solde prévu et le montant nécessaire pour retrouver votre marge de sécurité.
  3. Attribuez une action vérifiable. Dans notre exemple : appeler le client aujourd’hui pour obtenir 10’000 CHF le 24 novembre, puis contrôler le virement à cette date.

Rapprochez ce suivi lorsque la trésorerie se tend. À l’inverse, une activité stable peut se contenter d’un rythme moins fréquent, à condition d’anticiper ses grosses échéances.

Par quoi commencer ?

Ouvrez votre compte bancaire et placez les prochaines entrées et sorties d’argent dans un calendrier. Repérez la première date où le solde devient trop faible. Vous saurez alors quel client appeler, quelle dépense discuter ou quel financement préparer.

Si le problème revient malgré ces actions, faites analyser sa cause. Notre équipe peut vous aider à relier le suivi de trésorerie à votre comptabilité d’entreprise pour comprendre si la tension vient des délais de paiement, de la croissance ou de la rentabilité.

Questions fréquentes

Une entreprise rentable peut-elle manquer de trésorerie ?

Oui. Elle peut avoir réalisé et facturé un travail sans avoir encore reçu le paiement, alors que les salaires et les fournisseurs doivent déjà être réglés. Le bénéfice mesure le résultat de l’activité ; la trésorerie permet de payer aux dates prévues. Un prêt peut améliorer la seconde sans créer de bénéfice.

Combien de mois de réserve faut-il garder ?

Il n’existe pas de durée universelle. Testez dans votre prévision un retard client, une baisse de ventes ou une dépense imprévue, puis regardez le solde le plus bas. Le besoin dépend de vos dates de paiement et de vos risques. Dans l’exemple de l’article, un solde prévu de −5’000 CHF nécessite 10’000 CHF supplémentaires pour conserver une marge de sécurité de 5’000 CHF.

Faut-il suivre la trésorerie tous les jours ?

Un point hebdomadaire est une base utile pour une petite entreprise. En période tendue, un suivi quotidien peut être nécessaire, notamment autour des salaires ou d’un gros règlement. Une activité stable peut espacer ses contrôles si elle conserve une prévision à jour et anticipe ses principales échéances.

À propos de l’auteur

Romain Prieur

Romain Prieur
Expert-comptable diplômé, membre EXPERTsuisse

Romain Prieur est expert-comptable diplômé et fondateur d’Entreprendre.ch. Après plus de dix ans d’expérience dans l’audit et l’accompagnement d’entreprises en Suisse, il conseille des entrepreneurs sur la création, la comptabilité et la fiscalité de leur société.

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Romain Prieur

Romain Prieur est expert-comptable diplômé fédéral et fondateur d'Entreprendre.ch et de la Fiduciaire Karpeo, à Genève. Après 8 ans chez PwC Suisse, il a accompagné plus de 3'000 entrepreneurs dans la création de leur société en Suisse romande. Il est également chargé de cours à l'École CREA et chez EXPERTsuisse, et anime la chaîne YouTube « Entreprendre en Suisse avec Romain ».